Citations

 

aristote société civile

Tout État est évidemment une association ; et toute association ne se forme qu’en vue de quelque bien, puisque les hommes, quels qu’ils soient, ne font jamais rien qu’en vue de ce qui leur paraît être bon.

Aristote (384-322 av. J-C.), Politique, 1252 a1.

 

 

ciceronPuisque la loi est le lien de la société civile, et que le droit donné par la loi est le même pour tous, il n’y a plus de droits ni de règles dans une société dont les membres ne sont pas égaux.

Cicéron (106-43 av.J-C),  De Republica, Livre premier,  XXXII

 

 

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« Le gouvernement de l’Etat doit suivre les impressions de la raison : en effet le nom de l’Etat est sacré. Il proscrit tout commerce avec les voleurs et les corsaires, auxquels on ne peut être uni, ni par la foi des Traités, ni par les liens d’aucun droit public. Aussi tout gouvernement bien policé les a-t-il exclus ; soit qu’il ait été questions d’assurer la tranquillité publique, de travailler à des alliances, de déclarer la guerre, de fixer les bornes d’un Empire, soit qu’il ait été question d’assoupir les querelles nées entre les Princes ; pour ne point confondre des ennemis légitimes , que des lois sages, que le droit des gens animent, avec ces monstres qui ne méditent que la ruine des Etats et le renversement de la société civile. »

Jean Bodin, Traité de la République, 1576

 

bossuet-2-sized« La société humaine peut être considérée en deux manières : Ou en tant qu’elle embrasse tout le genre humain, comme une grande famille ;

Ou en tant qu’elle se réduit en nations, ou en peuples composées de plusieurs familles particulières, qui ont chacune leurs droits.

La société, considérée de ce dernier sens, s’appelle société civile. On la peut définir, selon les choses qui ont été dites, société d’hommes unis ensemble sous le même gouvernement, et sous les mêmes lois. »

Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) POLITIQUE TIREE DES PROPRES PAROLES DE L’ECRITURE SAINTE. A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Conclusion

 

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« …plusieurs personnes sont passées de l’état de nature en la société civile, et ont formé un corps de république pour leur conservation commune, et cela par une crainte mutuelle qu’ils ont eue les uns des autres. »

« …avant l’établissement de la société civile toutes choses appartiennent à tous et que personne ne peut dire qu’une chose est sienne si affirmativement, qu’un autre ne se la puisse attribuer avec même droit (car là où tout est commun, il n’y a rien de propre) il s’ensuit que la propriété des choses a commencé lorsque les sociétés civiles ont été établies »

« Ceux qui se sont assemblés pour former une société civile, ont dès là commencé une démocratie; car, en ce qu’ils se sont assemblés de leur bon gré, on suppose qu’ils se sont obligés à consentir à ce qui sera résolu par le plus grand nombre. »

« Il est vrai que hors de la société civile chacun jouit d’une liberté très entière, mais qui est infructueuse, parce que comme elle donne le privilège de faire tout ce que bon nous semble, aussi elle laisse aux autres la puissance de nous faire souffrir tout ce qu’il leur plait. »

« Hors de la société civile, ce n’est qu’un continuel brigandage et on est exposé à la violence de tous ceux qui voudront nous ôter les biens et la vie; mais dans l’État, cette puissance n’appartient qu’à un seul. »

Thomas Hobbes (1642) LE CITOYEN ou les fondements de la politique (DE CIVE)

 

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« Ainsi, tous les Hommes étants Enfants quand ils viennent au monde, ils naissent tous par conséquent hors d’état d’être véritablement Membres d’une Société Civile ; et la plupart même demeurent toute leur vie dans cette incapacité. En un mot, ce n’est point la Nature, mais l’Education, qui rend l’Homme propre à la Société Civile. »

« Du moment que l’on entre dans une Société Civile, on se dépouille de la Liberté Naturelle, et l’on se soumet à une Autorité Souveraine, ou à un Gouvernement, qui renferme entre autres choses le droit de Vie et de Mort sur les Sujets, et qui les oblige à faire bien des choses, pour lesquelles ils avaient d’ ailleurs de la répugnance, ou à n’en pas faire, qu’ils souhaitaient passionnément. »

Samuel von Pufendorf (1632-1694) Le droit de la nature et des gens ou système général des principes les plus importants de la morale, de la jurisprudence et de la politique

 

 

V0003665 John Locke. Mezzotint by J. Smith, 1721, after Sir G. Knelle Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk http://wellcomeimages.org John Locke. Mezzotint by J. Smith, 1721, after Sir G. Kneller. Published: - Copyrighted work available under Creative Commons Attribution only licence CC BY 4.0 http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

« La liberté naturelle de l’homme, consiste à ne reconnaître aucun pouvoir souverain sur la terre, et de n’être point assujetti à la volonté ou à l’autorité législative de qui que ce soit; mais de suivre seulement les lois de la nature. La liberté, dans la société civile, consiste à n’être soumis à aucun pouvoir législatif, qu’à celui qui a été établi par le consentement de la communauté, ni à aucun autre empire qu’à celui qu’on y reconnaît, ou à d’autres lois qu’à celles que ce même pouvoir législatif peut faire, conformément au droit qui lui en a été communiqué. »

John LOCKE (1690) Traité du gouvernement civil

 

 

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« …il (l’Homme) est le seul Être que l’on puisse jamais civiliser. Mais il faut pour cela le gêner par un certain gouvernement, et le régler par des Lois. On peut encore, il est vrai, le dompter par un pouvoir supérieur.  »

« C’est ce qui engagea les Législateurs, et en général tous les sages Fondateurs des sociétés, à s’attacher principalement à persuader ceux qu’ils avaient à gouverner, qu’il était plus avantageux à chacun d’eux de dompter leurs appétits que de les satisfaire. Ils se sont efforcés de leur montrer qu’il convenait mieux d’avoir égard à l’intérêt public, que de se borner à celui qui leur paraissait être leur intérêt particulier. La chose n’était pas facile à persuader. Aussi, tous les beaux esprits, tous les Philosophes, tous les Orateurs réunirent-ils leurs puissants efforts pour inspirer au genre humain sentiments si utiles. Ils employèrent tous les arguments imaginables pour -en convaincre leurs peuples. »

« …les premiers Rudiments de la Morale, inventés par d’habiles politiques à dessein de rendre les hommes dociles, de même qu’utiles les uns aux autres, servirent principalement à favoriser l’AMBITION de certaines Gens, qui en tirèrent pour eux-mêmes le premier bénéfice. Ils furent surtout destinés à leur procurer l’avantage de gouverner un grand nombre de personnes avec plus de facilité et de sûreté. »

Bernard Mandeville (1670-1733), RECHERCHES SUR L’ORIGINE DE LA VERTU MORALE.

 

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« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : “Ceci est à moi”, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. « 

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements des inégalités parmi les hommes, 1755.

 

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Du principe de la sociabilité, découlent, comme de leur source, toutes les lois de la société, et tous nos devoirs envers les autres hommes, tant généraux que particuliers. Tel est le fondement de toute la sagesse humaine, la source de toutes les vertus purement naturelles, et le principe général de toute la morale et de toute la société civile.

Louis de Jaucourt, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1765

 

XIR37016 Portrait of Denis Diderot (1713-84) 1767 (oil on canvas) by Loo, Louis Michel van (1707-71) oil on canvas 81x65 Louvre, Paris, France Giraudon French, out of copyright

Société civile s’entend du corps politique que les hommes d’une même nation, d’un même état, d’une même ville ou autre lieu, forment ensemble, et des liens politiques qui les attachent les uns aux autres, c’est le commerce civil du monde, les liaisons que les hommes ont ensemble, comme sujets d’un même prince, comme concitoyens d’une même ville et comme sujets aux mêmes lois, et participants aux droits et privilèges qui sont communs à tous ceux qui composent cette même société.

Denis Diderot, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éditée de 1751 à 1772

 

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« Pour les Grecs de l’Antiquité ou pour les Romains, l’individu n’était rien et la collectivité était tout. Pour les modernes, chez un trop grand nombre de nations en Europe, l’individu est tout et la collectivité n’est rien. »

« C’est dans le maniement des affaires de la société civile que les hommes trouvent à exercer leurs plus beaux talents, aussi bien que leurs affections les plus honnêtes. »

Adam Ferguson (1723 -1816), Essai sur l’histoire de la société civile

 

Smith« …chez les nations civilisées et en progrès, quoiqu’il y ait un grand nombre de gens tout à fait oisifs et beaucoup d’entre eux qui consomment un produit de travail décuple et souvent centuple de ce que consomme la plus grande partie des travailleurs, cependant la somme du produit du travail de la société est si grande, que tout le monde y est souvent pourvu avec abondance, et que l’ouvrier, même de la classe la plus basse et la plus pauvre, s’il est sobre et laborieux, peut jouir, en choses propres aux besoins et aux aisances de la vie, d’une part bien plus grande que celle qu’aucun sauvage pourrait jamais se procurer. »

Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776

 

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« Ils (les ministres) ont des devoirs, la constitution les leur indique : ils sont là pour les remplir. Nous avons aussi des devoirs, la loi nous les fait connaître. Mais à côté de ces devoirs nous avons des droits ; nous sommes là pour les exercer, et remarquez bien qu’en les exerçant nous importunons plus ou moins les ministres, qui aimeraient fort à parler seuls ; de sorte que si vous les autorisez à restreindre arbitrairement l’usage de nos droits, de crainte d’abus, vous les constituez juges dans une cause dans laquelle ils sont parties. »

Henri Benjamin de Constant de Rebecque (1767-1830) Cours de politique constitutionnelle

 

« Si on confond l’État avec la société civile et si on le destine à la sécurité et à la protection de la propriété et de la liberté personnelles, l’intérêt des individus en tant que tels est le but suprême en vue duquel ils sont rassemblés et il en résulte qu’il est facultatif d’être membre de l’État. Mais sa relation à l’individu est tout autre; s’il est l’esprit objectif, alors l’individu lui-même n’a d’objectivité, de vérité et de moralité que s’il en est un membre. L’association en tant que telle est elle-même le vrai contenu et le vrai but, et la destination des individus est de mener une vie collective; et leur autre satisfaction, leur activité et les modalités de leur conduite ont cet acte substantiel et universel comme point de départ et comme résultat.  »

« Les intérêts communs particuliers qui relèvent de la société civile et restent donc en dehors de l’universel en soi et pour soi de l’Etat, sont confiés aux corporations, aux communes et aux autres corps de métiers et états (Stände), ainsi qu’à ceux qui y exercent l’autorité comme dirigeants ou administrateurs, etc. Comme, d’une part les affaires dont ceux-ci ont à s’occuper représentent la propriété privée et les intérêts de ces sphères particulières et qu’à cet égard, leur autorité repose sur la confiance de leurs compagnons et de leurs concitoyens, comme, d’autre part, ces sphères doivent être subordonnées à l’intérêt supérieur de l’Etat, l’attribution de ces postes de dirigeants donnera lieu à une formule mixte : une élection des intéressés, mais confirmée et ratifiée par la sphère supérieure. »

« Le maintien de l’intérêt général de l’État et de la légalité au milieu des droits particuliers, la réduction de ceux-ci à ceux-là, exigent une surveillance par des représentants du pouvoir gouvernemental, des fonctionnaires exécutifs, et aussi des autorités plus hautes, ayant un pouvoir délibératif, et par conséquent organisées collégialement. »

Hegel, Principes de la philosophie du droit, 1820

 

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 » L’appareil d’Etat centralisé qui, avec ses organes militaires, bureaucratiques, cléricaux et judiciaires, omniprésents et compliqués, enserrent (enveloppent) le corps vivant de la société civile, comme un boa constrictor, fut d’abord forgé aux temps de la monarchie absolue comme arme de la société moderne naissante dans sa lutte pour s’émanciper du féodalisme. Les privilèges féodaux des seigneurs, des villes et du clergé à l’époque médiévale furent transformés en attributs d’un pouvoir d’Etat unifié. »

« Sous sa forme impériale, le pouvoir d’Etat, avec le sabre pour sceptre, prétend s’appuyer sur la paysannerie, cette large masse de producteurs qui semble à l’écart de la lutte de classes entre le travail et le capital. Il prétend sauver la classe ouvrière en en finissant avec le parlementarisme, et, par là, avec la soumission directe du pouvoir d’Etat aux classes dominantes. Il prétend sauver les classes dominantes elles-mêmes en matant la classe ouvrière sans lui faire outrage. Il prétend assurer, sinon le bien public, du moins la gloire nationale. On le proclame donc le «sauveur de l’ordre». Si irritant qu’il soit pour la vanité politique de la classe dominante et de ses parasites d’Etat, il est le régime qui convient vraiment à l’«ordre» bourgeois, en donnant libre cours à tous les débordements de son industrie, à toutes les turpitudes de ses spéculations, à toutes les splendeurs dissolues de sa vie. L’Etat, qui semble haussé au-dessus de la société civile, devient en même temps lui-même la serre chaude de toutes les corruptions de cette société. »

Karl Marx, La guerre civile en France,  1871 (La Commune de Paris)

 

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« Cette étude amène aussi à préciser quelque peu le concept d’État par quoi on entend d’ordinaire la Société politique (ou dictature, ou appareil coercitif pour adapter les masses populaires au type de production et à l’économie d’une époque donnée) et non l’équilibre entre la Société politique et la Société civile (ou hégémonie qu’un groupe social exerce sur la société nationale dans son entier par le moyen d’organisations prétendument privées, comme l’église, les syndicats, les écoles etc.); »

Antonio Gramsci (1891-1937), Lettres de prison : deuxième partie